Victoire, le Réseau radioamateur de secours entièrement opérationnel

En ce dernier jour d'un hiver sans délestage électrique, était testé au Service Incendie de Wavre le premier réseau radio de secours, électriquement autonome, opéré par des radioamateurs.

Testé pour la première fois, le réseau radioamateur de secours est entièrement opérationnel en Brabant wallon

B ears

 

Plus de 40 radioamateurs, desservant 23 centres de secours, étaient sur pied de guerre ce vendredi 20 mars, pour tester leur réseau en conditions réelles. Un projet-pilote national, mené en Brabant wallon, que d'autres provinces devraient bientôt implémenter à leur tour.

Rétroactes. Les radioamateurs, ce sont ces passionnés qui, depuis l'invention de la radio par Marconi, ont pour hobby de construire et de faire fonctionner des émetteurs-récepteurs leur permettant de contacter d'autres passionnés à travers le monde. Cette activité est réglementée (en Belgique par l'IBPT), et soumise à une licence, accordée après réussite d'un examen assez poussé. Si les discussions menées sur les ondes sont le plus souvent amicales ou techniques, la législation prévoit aussi que les radioamateurs peuvent aider les services de secours en cas de catastrophe, technologique ou naturelle. Depuis les années 50, l'UBA (Union Belge des Amateurs-émetteurs) collabore d'ailleurs régulièrement, à travers son réseau B-EARS (Belgian Emergency Amateurs Radio Services)  avec la Croix-Rouge (comme ce fût notamment le cas lors du drame du Heysel, du naufrage du Herald ou des inondations dans le Namurois) et participe également aux services médicaux préventifs des grosses manifestations de foule.  

 

Quid en cas de délestage ou de blackout ?

Dès 2011, le gouvernement fédéral, par l'entremise du Centre de Crise fédéral, a demandé aux gouverneurs de province de préparer des plans d'urgence permettant de faire face à d'éventuels délestages électriques pouvant toucher notre pays. Très vite, comme l'explique Christophe Baes, Gouverneur du Brabant wallon, en charge de la planification d'urgence, et de la coordination des secours en cas de déclenchement d'un plan-catastrophe à l'échelle de la province, la question des télécommunications s'est imposée au cœur des débats: "Très vite, il nous est apparu qu'en cas de coupure électrique, les réseaux habituels de communication, tels que le téléphone ou le gsm, allaient être rapidement impactés par une coupure de courant à grande échelle. Or conserver des communications dans ces circonstances est précisément vital. Il faut d'une part garder le contact avec les 27 bourgmestres du Brabant wallon, quoi qu'il arrive. Il est ensuite indispensable de pouvoir contacter le Centre de Crise fédéral, pour exprimer les demandes de renforts formulées par les bourgmestres. Par ailleurs, il est tout aussi important de mettre des moyens de communication au service des citoyens, leur permettant d'alerter les secours s'ils sont témoins d'un accident ou d'un incendie au moment où le téléphone ne fonctionne plus. Enfin, les services d'urgence doivent continuer à pouvoir parler entre les différents centres de secours. Le réseau ASTRID qu'ils utilisent habituellement est bien sûr autonome électriquement, et ses batteries de secours aptes à faire face à un délestage. La mise sur pied d'un réseau de secours supplémentaires ne constitue qu'une redondance, mais elle permet aussi de réserver ASTRID aux messages les plus urgents, et d'en prolonger, partant, l'autonomie.

Le réseau radioamateur de secours, comment ça marche ?

B ears logo ibz brwAu stade actuel, ce sont tous les centres de secours dont le Brabant wallon a besoin pour fonctionner qui ont été retenus dans ce réseau établi par les radioamateurs: les cinq casernes de pompiers, les postes de départ d'ambulances de Marbais, Ceroux et ACS de La Hulpe, les hôpitaux disposant d'un départ SMUR (Nivelles, Tubize, Braine-l'Alleud et Ottignies), ainsi que les dispatchings de la police (CIC 101 de Wavre), du 100/112 de Mons et de Bruxelles, et les Centres de Crise fédéral, régional de Wallonie à Namur et provincial à Wavre. Une liaison a été ajoutée avec le Protection Civile de Ghlin et une autre avec les sièges de la société Ores àWavre et à Namur. L'expérience des autres pays a montré qu'en cas de coupure électrique de grande ampleur ou de catastrophe naturelle ou technologique impactant les réseaux téléphoniques habituels, les citoyens qui ont été  les témoins d'un accident grave ou d'un incendie ont eu pour réflexe de se rendre d'eux-mêmes au poste de secours le plus proche, pour demander de l'aide de vive voix, explique Marc Lerchs, directeur de l'information au Centre de Crise provincial du gouverneur. Et c'est là que çà se corse, car si la personne arrive à un poste d'ambulances pour demander une grande échelle, il est vital que ce poste puisse appeler le poste pompier voisin pour faire envoyer sur place le bon moyen de secours. Idem en cas d'incendie, renchérit Philippe Vos de Wael, Commandant du Service Incendie: 

une caserne qui intervient doit absolument pouvoir garder un contact avec les autres casernes afin de pouvoir demander l'envoi de moyens plus spécifiques (unité chimique, plongeurs, moyens de désincarcération, etc. ) et de renforts complémentaires. C'est ici que le réseau radioamateur de secours présente tout son intérêt. Plus simplement, si une personne située en bordure d'une zone privée de gsm suite au délestage réussit néanmoins à contacter le Centre 100/112 de Mons ou de Bruxelles, il est important que ce centre puisse contacter à son tour le Brabant wallon pour transmettre cet appel au secours.

 

"CTR Wavre" a pu contacter tous les sites en réseau

Un grande effervescence régnait donc au service d'Incendie de Wavre ce vendredi 20 mars entre 16 et 18 heures. Sous la supervision du Commandant des pompiers Philippe Vos de Wael, trois opérateurs radio, dont les émetteurs radio puissants étaient raccordés à des antennes placées (au moyen de la grande échelle des pompiers !) au sommet d'un mât de 36 mètres, égrenèrent, deux heures durant, de messages d'urgence à destination des centres de secours connectés au réseau de secours en VHF. Toutes les liaisons furent concluantes, y compris celles avec Mons, Ghlin, Namur et Bruxelles. Le tout sans utiliser de relais (sauf dans un cas), et uniquement au moyen d'émetteurs électriquement autonomes. Comme l'explique Pierre Cornelis, figure du radio amateurisme belge sous l'indicatif ON7PC, et expert bénévole auprès du gouverneur, les objectifs de couverture radioélectrique ont été atteints, au delà de toute espérance. Le réseau B-EARS du Brabant wallon a montré toute sa capacité opérationnelle. Nous avions souhaité le tester à la veille du printemps, au cas où il n'aurait pas été activé durant l'hiver. Notre système d'alerte automatique a bien fonctionné également. Nous voilà fins prêts, moyennant quelques petits ajustements, à faire face aux situations d'urgence du futur.

Une expérience pilote Brabançonne wallonne

Notre objectif était d'aller un peu plus loin que ce que nous demandait le SPF Intérieur dans le cadre de la planification d'urgence des délestages électriques, et de proposer, au niveau du Brabant wallon, une initiative innovante, utile pour nos citoyens, conclut Christophe Baes, Gouverneur a.i. du Brabant wallon. Je sais que le Centre Régional de Crise de Wallonie (qui a une politique active en matière d'aide aux radioamateurs), ainsi que mes collègues gouverneurs des autres provinces, sont  très attentifs aux résultats de l'exercice d'aujourd'hui. Le Centre de Crise fédéral a également participé à ce projet, et s'est équipé du matériel de transmissions adéquat. Je pense que le projet est à présent mûr pour être décliné sur l'ensemble du pays.

 

Une affaire à suivre.

B-Ears

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